Comprendre

            Le prophète Elie

Originaire de Galaad, en Transjordanie, Elie oeuvra comme prophète pendant la décennie 860-850 av. Jésus-Christ. Il défendit de toutes ses forces le culte de Dieu contre le culte de Baal. Il a rencontré Dieu dans la douceur d’une brise légère (1 Rois 19, 1-13). La Bible raconte qu’il n’est pas mort. Il a été enlevé sur un char de feu pour aller auprès de Dieu. Ce récit a joué un rôle important dans le cheminement de la foi en la résurrection : si Dieu a pu préserver Elie de la mort, ne fera-t-il pas de même pour tous ceux qui essaient de marcher en sa présence ?

Dans l’Ancien Testament, Elie et Moïse désiraient voir Dieu. Ils ont pu s’approcher de lui, sur la montagne. Dans les Evangiles, ils apparaissent au moment de la Transfiguration, attestant que le Christ est celui en qui s’accomplit l’Ancienne Alliance.

 

            Elie dans le désert

De 874 à 853 avant Jésus-Christ, Acab règne à Samarie, capitale du royaume d’Israël.

Il y installe son épouse Jézabel, fille du roi de Sidon. Jézabel est très attachée au culte de son dieu, Baal. Elle n’a pas grand mal à obtenir que son époux abandonne le culte du Seigneur pour celui de Baal.

Jézabel persécuta violemment les prophètes de Dieu. Pour contrer le pire de tous les rois, Dieu envoya l’un des plus grands prophètes : Elie, le plus terrible et le plus puissant des prophètes, qui avait pouvoir sur les éléments naturels, qui ferma les cieux et les ouvrit. Le feu de son zèle pour Dieu qui brûlait en lui intérieurement se manifestait par aussi des phénomènes de feu visibles ; par la force de sa prière, il fit à plusieurs reprises descendre le feu du ciel et c’est dans un char de feu qu’il fut enlevé au ciel.

 

Elie, dont le nom signifie « Le Seigneur est mon Dieu », annonça qu’il n’y aura plus ni pluie, ni rosée. Il fit cesser la pluie par sa prière. Cela devait être une démonstration convaincante de la puissance du vrai Dieu. Mais cela ne fit qu’augmenter la haine d’Achab envers Elie.

Aussi ce dernier se réfugia dans une grotte du désert, où un corbeau vint le nourrir.

 

« Le prophète Élie, de Tishbé en Galaad, dit au roi Acab : « Par le Seigneur qui est vivant, par le Dieu d’Israël dont je suis le serviteur, pendant plusieurs années il n’y aura pas de rosée ni de pluie, à moins que j’en donne l’ordre. »

La parole du Seigneur lui fut adressée :

«Va-t’en d’ici, dirige-toi vers l’est, et cache-toi près du torrent de Kérith, qui se jette dans le Jourdain.

Tu boiras au torrent, et j’ordonne aux corbeaux de t’apporter ta nourriture. »

Le prophète fit ce que le Seigneur lui avait dit, et alla s’établir près du torrent de Kérith, qui se jette dans le Jourdain.

Les corbeaux lui apportaient du pain et de la viande, matin et soir, et le prophète buvait au torrent. » (1 Rois 17, 1-6)

 

Mais le torrent s’assécha au bout d’un certain temps, car il n’y avait pas eu de pluie dans le pays. Alors le Seigneur ordonna à Elie de se réfugier à Sarepta, dans le royaume de Sidon, d’où venait Jézabel.

Elie est hébergé par une pauvre veuve. Par intervention divine, la veuve put nourrir Elie sans que ses provisions ne diminuent ; et quand le fils de la veuve mourut brusquement de maladie, Elie le ressuscita.

 

            L’icône

La silhouette puissante du prophète, sa tête couverte de cheveux en broussaille, son visage viril au front haut, dénotent une force spirituelle indomptable. Elie attend avec confiance, les épaules couvertes d’un manteau fait de peaux de bêtes.

 

Le corbeau semble un choix bizarre pour une mission divine, car il fait partie des animaux impurs de la Loi de Moïse. Mais le livre de Job et les Psaumes mentionnent que le corbeau est une créature dont Dieu prend soin (Jb 38, 41 ; Ps 147, 9), et Noé utilisa également un corbeau dans l’arche (Gn 8, 6-7) : parce qu’il était assez robuste pour voler jusqu’au retrait des eaux, il ne revint pas à Noé.

Ici, avec une tranquille assurance, Elie contemple le corbeau qui lui apporte les dons du ciel. Cette scène révèle toute la signification du moment : en réponse à son amour enflammé pour Dieu, la volonté divine modifie l’ordre naturel du monde. Saint Basile le Grand commente ce moment de la façon suivante : « Le Mont Carmel, haut et inhabité, servait d’abri à Elie : le désert recevait en son sein l’ermite ; mais pour le juste c’était l’âme qui comptait plus que tout et sa vie était dirigée par l’espoir en Dieu. Or, malgré ce genre de vie, il ne mourut pas de faim. Au contraire, les oiseaux les plus rapaces, les plus voraces, lui apportaient la nourriture ; ceux qui avaient l’habitude de voler la nourriture d’autrui deviennent les serviteurs du repas du juste. Sur l’ordre du Seigneur, ils modifièrent leur nature et devinrent de fidèles gardiens des pains et des viandes. » (Homélie 8).

 

La montagne est le lieu où Dieu rencontre l’homme dans la Bible, c’est le lieu des théophanies où Dieu se manifeste (Moïse notamment, Ex 19-20). Dans le Nouveau Testament, le Christ révèle le Royaume dans le Sermon sur la montagne (Mt 5-7), et il est transfiguré sur le Mont Horeb (Mt 17, 1-9 ; Mc 9, 2-10 ; Lc 9, 28-36).
 

Elie est assis devant une grotte. Les cavités rocheuses obscures, dans les icônes, expriment le "La lumière luit dans les ténèbres..." du prologue de l’évangile selon saint Jean (1, 5). Ces ténèbres symbolisent le monde enfoncé dans les ténèbres de la chute et du péché. On voit aussi des grottes dans les icônes de la Nativité, de la Crucifixion, de la Résurrection (ou Descente aux enfers).

Deux arbres verdoyants indiquent la luxuriance de l’endroit, et manifestent que Dieu prend soin d’Elie avec la tendresse d’un père. Les rehauts de lumière sur les frondaisons et les rochers sont autant de signes de la présence de Dieu.

Les eaux du torrent de Kérit désaltèrent Elie durant la sécheresse : elles sont aussi un don de Dieu et elles reflètent sa lumière.

 

Cette icône, qui montre le prophète nourri par un corbeau -c’est-à-dire une modification, par la volonté divine, des lois de la nature- exprime la préfiguration prophétique de ce Royaume de Dieu qui viendra dans sa force : Royaume dévoilé par le Christ dans sa Transfiguration, Royaume déjà présent au-dedans de nous (Lc 17, 21) « comme une brise légère ».

Au-delà de la représentation de cet événement précis de la vie d’Elie, c’est en cela que réside le sens de cette icône. Que sa contemplation fasse aussi grandir en nous une confiance illimitée en Dieu qui prend soin de nous dans nos déserts, nos temps d’épreuves.

 

            Suite du cycle d’Elie (1R 17, 1 à 2R 2, 11)

De retour à la cour, Elie défie sur le mont Carmel les quatre cents prêtres de Baal de faire par leurs prières descendre du ciel le feu pour le sacrifice. Ceux-ci ayant échoué et lui réussi, il les tue puis il s’enfuit au désert mais, épuisé, il invoque la mort.

Cependant, un ange lui apporte de la nourriture ; réconforté par ce pain, dans lequel les Pères de l’Eglise voient la préfiguration de l’Eucharistie, Elie marche quarante jours et quarante nuits jusqu’ la montagne de Dieu, l’Horeb. Là, il connaît cette ineffable expérience de Dieu qui ne se manifeste ni dans l’ouragan, ni dans le tremblement de terre, ni dans le feu des éclairs, mais dans le « bruit d’une brise légère ».

Elie apparaît aux Apôtres avec le Christ et Moïse sur le mont Thabor, comme le représente l’icône de la Transfiguration. Il est aussi au nombre des grands mystiques d’Israël. Les religieux de l’ordre monastique de Notre-Dame du Mont-Carmel, institué pour honorer la Mère de Dieu, sont appelés « fils d’Elie », et considèrent le prophète comme leur fondateur. Une tradition multiséculaire identifie les premiers Carmes avec les ermites du Mont-Carmel, disciples du prophète Élie embrasé de zèle pour la gloire de Dieu et vivant continuellement en sa Présence.

 

Sources :

Léonide Ouspensfy, Vladimir Lossky, Le sens des icônes

Icônes et saints d’Orient

Scott Hahn, Comprendre les Ecritures

Catéchisme de l’Eglise catholique

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Prier

            « Le prophète Élie surgit comme un feu, sa parole brûlait comme une torche. Il fit venir la famine sur Israël, et, dans son ardeur, les réduisit à un petit nombre. Par la parole du Seigneur, il retint les eaux du ciel, et à trois reprises il en fit descendre le feu.

Comme tu étais redoutable, Élie, dans tes prodiges ! Qui pourrait se glorifier d’être ton égal ?

Toi qui as réveillé un mort et, par la parole du Très-Haut, l’as fait revenir du séjour des morts ; toi qui as précipité des rois vers leur perte, et jeté à bas de leur lit de glorieux personnages ; toi qui as entendu au Sinaï des reproches, au mont Horeb des décrets de châtiment ; toi qui as donné l’onction à des rois pour exercer la vengeance, et à des prophètes pour prendre ta succession ; toi qui fus enlevé dans un tourbillon de feu par un char aux coursiers de feu ; toi qui fus préparé pour la fin des temps, ainsi qu’il est écrit, afin d’apaiser la colère avant qu’elle n’éclate, afin de ramener le cœur des pères vers les fils et de rétablir les tribus de Jacob… heureux ceux qui te verront, heureux ceux qui, dans l’amour, se seront endormis ; nous aussi, nous posséderons la vraie vie. »

Livre de Ben Sirac le Sage 48, 1-10

 

Le Seigneur compte le nombre des étoiles, il donne à chacune un nom ;

il est grand, il est fort, notre Maître : nul n'a mesuré son intelligence.

Le Seigneur élève les humbles et rabaisse jusqu'à terre les impies.

 

Entonnez pour le Seigneur l'action de grâce, jouez pour notre Dieu sur la cithare !

Il couvre le ciel de nuages, il prépare la pluie pour la terre ;

il fait germer l'herbe sur les montagnes et les plantes pour l'usage des hommes ;

il donne leur pâture aux troupeaux, aux petits du corbeau qui la réclament.

 

La force des chevaux n'est pas ce qu'il aime,

ni la vigueur des guerriers, ce qui lui plaît ;

mais le Seigneur se plaît avec ceux qui le craignent,

avec ceux qui espèrent son amour.

Psaume 146

 

 

Elie, les prophètes et la conversion du cœur

             Le Temple devait être pour le peuple de Dieu le lieu de son éducation à la prière : les pèlerinages, les fêtes, les sacrifices, l’offrande du soir, l’encens, les pains de " proposition ", tous ces signes de la Sainteté et de la Gloire du Dieu Très Haut et tout Proche, étaient des appels et des chemins de la prière. Mais le ritualisme entraînait souvent le peuple vers un culte trop extérieur. Il y fallait l’éducation de la foi, la conversion du cœur. Ce fut la mission des prophètes, avant et après l’Exil.

            Elie est le père des prophètes, " de la race de ceux qui cherchent Dieu, qui poursuivent sa Face " (Ps 24, 6). Son nom, " Le Seigneur est mon Dieu ", annonce le cri du peuple en réponse à sa prière sur le mont Carmel (cf. 1 R 18, 39). Saint Jacques renvoie à lui pour nous inciter à la prière : " La supplication ardente du juste a beaucoup de puissance " (Jc 5, 16b-18).

Après avoir appris la miséricorde dans sa retraite au torrent de Kérit, il apprend à la veuve de Sarepta la foi en la parole de Dieu, foi qu’il confirme par sa prière instante : Dieu fait revenir à la vie l’enfant de la veuve (cf. 1 R 17, 7-24).

            Lors du sacrifice sur le mont Carmel, épreuve décisive pour la foi du peuple de Dieu, c’est à sa supplication que le feu du Seigneur consume l’holocauste, " à l’heure où l’on présente l’offrande du soir " : " Réponds-moi, Seigneur, réponds-moi ! " ce sont les paroles mêmes d’Elie que les liturgies orientales reprennent dans l’épiclèse eucharistique (cf. 1 R 18, 20-39).

            Enfin, reprenant le chemin du désert vers le lieu où le Dieu vivant et vrai s’est révélé à son peuple, Elie se blottit, comme Moïse, " au creux du rocher " jusqu’à ce que " passe " la Présence mystérieuse de Dieu (cf. 1 R 19, 1-14 ; Ex 33, 19-23). Mais c’est seulement sur la montagne de la Transfiguration que se dévoilera Celui dont ils poursuivent la Face (cf. Lc 9, 30-35) : la connaissance de la Gloire de Dieu est sur la face du Christ crucifié et ressuscité (cf. 2 Co 4, 6).

            Dans le " seul à seul avec Dieu " les prophètes puisent lumière et force pour leur mission. Leur prière n’est pas une fuite du monde infidèle mais une écoute de la Parole de Dieu, parfois un débat ou une plainte, toujours une intercession qui attend et prépare l’intervention du Dieu sauveur, Seigneur de l’histoire (cf. Am 7, 2. 5 ; Is 6, 5. 8. 11 ; Jr 1, 6 ; 15, 15-18 ; 20, 7-18)

 

Catéchisme de l’Eglise catholique 2581-2584

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