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Icône de la Trinité

          Dieu-Trinité se révèle

Pour comprendre cette icône, il nous faut aborder le cœur de la révélation chrétienne.

Dans l’histoire des hommes, Dieu se manifeste et se dévoile progressivement. Il a laissé des traces de son être trinitaire dans la création et dans l’Ancien Testament ; mais c’est dans et par le Christ qu’il va nous révéler le mystère inaccessible à la seule raison humaine : la profondeur de son Être comme Trinité sainte.

« Dieu s’est révélé à Israël comme celui dont l’amour est plus fort que l’amour d’un père ou d’une mère pour ses enfants, d’un époux pour son épouse. En lui-même, il « est amour » (1 Jn 4, 8.16), qui se donne totalement et gratuitement : Il « a tant aimé le monde qu’il lui a donné son Fils unique, […] pour que, par lui, le monde soit sauvé » (Jn 3, 16-17). En envoyant son Fils et l’Esprit Saint, Dieu révèle qu’il est lui-même éternel échange d’amour. »[1]

 

« L’Eglise exprime sa foi trinitaire en confessant un seul Dieu en trois Personnes : Père, Fils et Esprit Saint. »[2]

 

          Un événement dans l’histoire des hommes

Cette icône prend sa source dans le livre de la Genèse (18, 1-15) [3]. Les trois pèlerins qui, « au plus chaud de la journée », visitent Abraham à Mambré, petit village de Mésopotamie célèbre pour sa chênaie, se révèlent être des anges messagers de Dieu. La Tradition voit dans cet événement une manifestation de la Trinité à Abraham, « Père des croyants »[4]. Abraham offre l’hospitalité avec générosité à ces visiteurs, et accueille avec foi leur promesse.

 

« Pour montrer leur appartenance au monde céleste, les trois personnages sont représentés sous forme d’anges ailés. Cette image fondée sur un fait historique concret montre la première apparition de Dieu à l’homme, qui est le début de la promesse de Rédemption. Tant l’iconographie que la liturgie expriment le lien de cette promesse avec son accomplissement final le jour de la Pentecôte, lorsqu’est donnée la vraie et suprême révélation de la Sainte Trinité. »[5]

 

          Les personnages

          Symbolique des couleurs

« Les anges sont représentés dans l’icône dans l’ordre du Symbole de la foi. (…) Le Credo ne consacre à la première Personne que peu de paroles très brèves, car Elle est absolument indescriptible ; en conséquence, le vêtement de l’ange de gauche est de couleur indéfinie et sobre (un manteau rose pâle à reflets brun et bleu-vert). Pour la deuxième hypostase (ou personne), le Credo utilise un exposé relativement plus long que les autres, exposé très précis, cette précision allant jusqu’à une indication historique (« sous Ponce Pilate ») ; l’icône emploie aussi pour l’ange du milieu des couleurs nettes et bien caractérisées, celles-là même qui sont les couleurs traditionnelles du Fils de Dieu incarné (une tunique pourpre et un manteau bleu [6]). Enfin la couleur dominante du troisième ange est le vert de son manteau, couleur qui, selon saint Denys l’Aréopagite, signifie « l’apogée de la jeunesse », ce qui indique nettement les traits spécifiques de la troisième Personne qui rénove et fait renaître tout à une vie nouvelle. »[7]

En même temps, des touches lumineuses de bleu, couleur symbolisant la plénitude de la vie divine, sont présentes chez les trois anges, les unissant et harmonisant les couleurs.

 

          Des relations qui les unissent tout en les distinguant

Les trois personnages sont représentés en tant qu’égaux, ce qui souligne l’égalité des Personnes de la Sainte Trinité (exemple : la mosaïque de Sainte-Marie Majeure à Rome). Les trois visages aux traits identiques expriment la même jeunesse car il n’existe entre eux ni hiérarchie, ni décalage dans le temps.

Cependant, représentant les trois personnes de la Trinité, ces anges sont identiques dans leur nature mais se distinguent dans leur personne et leur attitude. Les qualités et le rôle propres à chacune des personnes divines dans le monde sont exprimés avec beaucoup de précision.

Le Fils et l’Esprit tournent la tête vers le Père pour dire l’amour qui les réunit. Cet échange de regards exprime aussi la distinction entre les Personnes : « Les trois personnes divines sont un seul Dieu, parce que chacune d’elles est identique à la plénitude de l’unique et indivisible nature divine. Elles sont réellement distinctes entre elles par les relations qui les mettent en rapport les unes avec les autres. Le Père engendre le Fils, le Fils est engendré par le Père, le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. »[8]

 

Les gestes des mains sont également importants. « Les gestes de leurs mains sont orientés vers le calice (…). Préfigurant le sacrifice volontaire du Fils de Dieu, ce calice fait converger le geste des mains des anges, indiquant l’unité dans la volonté et l’action de la Sainte Trinité qui conclut une alliance avec Abraham. »[9]

Leurs ailes dorées, qui se chevauchent, montrent la parfaite unité de leur nature.

 

          La table du banquet

Devant nous la table est dressée, nous y sommes conviés. Ce festin évoque le banquet eschatologique (c’est-à-dire de la fin des temps) : « Vous verrez Abraham, Isaac et Jacob dans le Royaume de Dieu. Et l’on viendra de l’Orient et de l’Occident, du Nord et du Midi prendre place au festin dans le Royaume de Dieu » (Luc 13, 28-29). Et il commence dès maintenant : au centre, le Christ, avec ses deux doigts posés délicatement sur la nappe, bénit la coupe de son sacrifice et annonce la table eucharistique.

Cette table est recouverte d’une nappe blanche, comme un autel.

La coupe est le point central autour duquel s’articule l’union des trois anges. Elle contient la tête d’un animal sacrifié représentant le veau qu’Abraham offre aux visiteurs, et symbolise la coupe eucharistique : Dieu qui se donne aux hommes.

 

          Composition et décors

La composition de cette icône est remarquable par sa beauté et son équilibre. On remarque notamment que les trois anges s’inscrivent dans un cercle, figure géométrique symbolisant la plénitude, la perfection, l’éternité, la communion.

Les contours internes des silhouettes des deux anges latéraux forment le profil d’un calice qui contient le personnage central.

Les ailes des anges se touchent, pour mieux exprimer leur union.

 

A l’arrière-plan se trouvent un bâtiment, un arbre, une montagne. Au Christ correspond le chêne de Mambré symbolisant l’arbre de vie du paradis et, en même temps, l’arbre de la croix, qui plonge ses racines dans le calice ; au Père correspond le Temple ; et à l’Esprit, la montagne, lieu où Dieu se révèle et vient parler à l’homme dans les Ecritures.

 

La représentation des éléments de décor de l’icône peut dérouter notre regard. Le bâtiment, la coupe et les marchepieds des anges sont représentés d’une manière dépassant les lois naturelles, les montagnes s’inclinent vers les personnages… Cela a un sens symbolique. En effet, l’icône, « fenêtre sur le Royaume »[10], ignore les lois naturelles de la perspective et de la pesanteur et nous montre une « perspective inversée ». Le point de fuite n’est plus à l’arrière, mais à l’avant de l’image. Le regard du spectateur ne plonge plus dans l’image pour s’y noyer avec le point de fuite, mais ce sont les personnages qui viennent à lui. L’icône s’ouvre sur celui qui la regarde et l’invite à y entrer, s’il le désire ; rappel que Dieu vient à la rencontre des hommes en leur laissant la liberté de l’accueillir. « Ô très Sainte Trinité qui demeures dans mon cœur… », dit sainte Faustine.

On dit que ce n’est pas nous qui regardons une icône, c’est elle qui nous regarde. Tout comme Dieu nous a aimés le premier…

« Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. » (Ap 3, 20).

 

Cette icône nous fait entrer dans la contemplation de Dieu : Un seul Dieu en trois Personnes ; « Dieu-famille » ; Dieu qui est en lui-même une parfaite, éternelle et vivante relation et communion d’amour ; Dieu qui se veut « Dieu-avec-nous » ; et nous sommes invités à entrer pour toujours dans cet amour trinitaire.

[1] Compendium du Catéchisme de l’Eglise catholique 44.

[2] id. 48

[3] A l’origine, l’icône représentant cet événement est appelée « Hospitalité d’Abraham » : Abraham et Sarah servent les majestueux anges aux ailes déployées, tandis qu’un serviteur sacrifie un chevreau. Roublev, qui écrivit la célèbre icône de la Trinité vers 1410-1425, spiritualise l’icône de l’Hospitalité d’Abraham, en se concentrant sur la présence de la Trinité. Ici, la table de l’hospitalité d’Abraham se transforme en l’autel de la sainte réunion des trois Personnes de la Trinité.

[4] Le texte biblique parle tantôt du « Seigneur qui apparut au chêne de Mambré » (Gn 18, 1), tantôt de « trois hommes » (Gn 18, 2). Pour faire pressentir le mystère de cette apparition, le texte continue à jouer sur l’alternance entre le singulier et le pluriel, comme s’ils étaient en même temps Trois et Un.

[5] Léonide Ouspensky, L’icône de la Trinité, in Léonide Ouspensky et Vladimir Lossky, Le sens des icônes, p. 182.

[6] symbolisant sa double nature : divine et humaine.

[7] Léonide Ouspensky, ibid.

[8] Compendium du Catéchisme de l’Eglise catholique 48.

[9] Léonide Ouspensky, ibid.

[10] Michel Quenot

Explication de l'icône de la Trinité

« Le mystère central de la foi et de la vie chrétienne est le mystère de la Sainte Trinité. Les chrétiens sont baptisés au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. »

Compendium du Catéchisme de l’Eglise catholique 44. Voir aussi 45 à 49.

 

« Que demeure l’amour fraternel ! N’oubliez pas l’hospitalité : elle a permis à certains, sans le savoir, de recevoir chez eux des anges. »

Hébreux 13, 1-2

 

« Écoute, Israël ! L'Éternel, ton Dieu, est Un. »

Deutéronome 6, 4

 

« Notre Dieu, dans son mystère le plus intime, n’est pas une solitude, mais une famille, puisqu’il porte en lui-même la paternité, la filiation et l’essence de la famille qu’est l’amour. Cet amour, dans la famille divine, est l’Esprit-Saint. »

Saint Jean-Paul II, cité par le Pape François, La joie de l’amour 11

 

« Dieu est Trinité. Il n’est d’autre façon de le penser, selon ce que permet notre intelligence. Car si Dieu existe, il ne peut être que pleinement. En lui, nul néant. Mais si son être est plénitude, il doit être aussi, dans le même mouvement, don amoureux et total de soi, kénose. Un Dieu qui ne serait pas don total de soi, amour inconditionnel, ne serait pas Dieu. Un Dieu jaloux de sa puissance prouverait par là son impuissance. Il n’est de puissance véritable que de tout donner. (…)

Aussi Dieu est-il dès l’origine Père et Fils et relation entre les deux. La Trinité, symbole essentiel à la foi chrétienne, présente un Dieu (le Père) qui se désapproprie si parfaitement de lui-même qu’il engendre un autre (le Fils), qui est à la fois le même (il lui a tout donné) et autre (sans quoi il n’y aurait pas eu don). Tel est en effet le mystère de l’amour : être parfaitement uni dans l’irréductible différence. Cet amour qui unit le Père et le Fils par leur union et leur différence est lui-même une personne, la troisième de la Trinité : le Saint-Esprit. Puisqu’en Dieu il ne se peut concevoir rien d’accidentel, de secondaire, la circulation d’amour en elle-même est une pleine et entière réalité. Ce que l’on entend bien à notre niveau, simplement humain : vivre en couple, c’est prendre soin l’un de l’autre, mais c’est aussi prendre soin, ensemble, de son couple. L’histoire d’amour a une réalité aussi tangible que ceux qu’elle lie. Aussi, à chaque fois que l’homme prend soin d’un homme, se surmonte pour de donner à autrui, chaque fois l’Esprit-Saint de la divine circulation d’amour souffle sur la terre. »

Martin Steffens, Petit traité de la joie, pp. 95-97 (éd. Marabout)

 

« Le mystère de la Très Sainte Trinité est le mystère central de la foi et de la vie chrétienne. Il est le mystère de Dieu en Lui-même. Il est donc la source de tous les autres mystères de la foi ; il est la lumière qui les illumine. Il est l'enseignement le plus fondamental et essentiel dans la " hiérarchie des vérités de foi ". "Toute l'histoire du salut n'est autre que l'histoire de la voie et des moyens par lesquels le Dieu vrai et unique, Père, Fils et Saint-Esprit, se révèle, se réconcilie et s'unit les hommes qui se détournent du péché." »

Catéchisme de l’Eglise catholique 234

Prière devant l'icône de la Trinité

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